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29.03.2026
Multipotentiels, multipoints de vue… ou pas.
Dans la catégorie je veux arrêter de tourner en rond et je ne veux plus subir, il faut que tu saches ceci. Il existe plein de raisons qui peuvent expliquer ton rapport à la nourriture. Mais trois d’entre elles sont particulièrement sous-estimées — et pourtant, ce sont souvent elles qui bloquent ta perte, ou ta prise de poids :
∙ Le comportement alimentaire lié aux traumatismes (que tu manges « trop » ou pas assez).
∙ La neuroatypie et les TND.
∙ La pression que tu subis quand tu es racialisée vivant dans un pays occidental.
- Ces trois dimensions peuvent t’entraîner dans une danse infernale et usante, un peu comme dans un bal de fae, hhh. Jusqu’à ce que tu tombes sur mon compte, que tu apprennes ton fonctionnement, et que tu saches comment valser avec.*
Les mécanismes neurobiologiques.
1. Un trauma chronique maintient ton système nerveux en alerte permanente. Le cerveau passe en mode survie, et ton corps ne sait plus vraiment quand il est en sécurité.
2. Le cortisol (l’hormone du stress) reste élevé en permanence. En temps normal, il monte puis redescend. Après un trauma, il reste haut, et ça perturbe directement ta faim, ta satiété et ton énergie.
3. Le cerveau stressé cherche de la dopamine (l’hormone du plaisir et du soulagement), et la nourriture peut devenir un calmant. Les aliments trop sucrés, trop gras, trop salés, en déclenchent une petite dose rapide. (Ce mécanisme est différent du TDAH où c’est la production de dopamine elle-même qui est structurellement plus faible.)
4. Des comportements compulsifs s’installent : crises de binge eating*, restriction, hyperphagie. Le corps fait ce qu’il peut pour réguler une détresse qu’il ne sait plus gérer autrement. Environ 40 % des personnes avec boulimie ont également un PTSD, et environ 32 % de celles avec binge eating disorder – parmi les taux de comorbidité les plus élevés en psychiatrie. Mitchell et al., 2012 | Udo & Grilo, 2019
Le binge eating, c’est le fait de manger une grande quantité de nourriture en un temps court, avec un sentiment de perte de contrôle, comme si on ne pouvait pas s’arrêter même en voulant le faire. Ça s’accompagne souvent de honte, de culpabilité ou de dégoût après coup.
L’enfance qui formate.
ACEs (Adverse Childhood Experiences) = expériences difficiles dans l’enfance, ou traumatismes de l’enfance.
Plus le score ACEs est élevé, plus le risque de troubles alimentaires à l’âge adulte peut augmenter. Et ce indépendamment du genre, de l’ethnie ou du statut socio-économique. La relation dose-réponse entre ACEs et comportements alimentaires perturbés est documentée dans la littérature (Danese & Tan, 2014). 37 études sur plus de 253 000 personnes confirment la relation dose-réponse entre ACEs et santé globale (Hughes et al., 2017). Jusqu’à 50 % des personnes avec TCA en soins intensifs ont un PTSD actuel (Brewerton et al., 2020 ; Brewerton et al., 2023). Et là, je pense aux patients en surpoids concernés par les ACEs, qui consultent des professionnels de santé non formés à ça, et qui entendent « vous êtes gros car vous mangez trop ». C’est aussi violent et débile que les régimes marketing à 1400 kcal !
TDAH et alimentation.
Si tu as un TDAH, tu peux être confronté à certaines problématiques.
Dysrégulation dopaminergique : les aliments trop sucrés, trop gras, trop salés, deviennent un boost dopaminergique auto-administré.
Perception du temps altérée : oublier de manger pendant x temps (comme certains ayant un TSA), suivi d’une hyperphagie compensatoire, car le corps régule en urgence.
Hyperfocus → déconnexion sensorielle : les signaux de faim et de satiété passent en arrière-plan lors des périodes d’hyperfocus.
TDAH & TSA : les adultes avec un TDAH ont presque 4 fois plus de risques de développer du binge eating et presque 6 fois plus de développer de la boulimie que les adultes neurotypiques. Nazar et al., 2016 Le TDAH et le TSA sont surreprésentés dans les diagnostics ARFID — souvent confondu avec “faire le difficile”, à tort !
AFRO-DESCENDANTS & TCA.
Les TCA sont perçus comme une “maladie de femmes blanches aisées”, à tort. Certaines études montrent que les femmes noires, en Occident, auraient des taux de binge eating similaires voire plus élevés que les femmes blanches — avec des prévalences estimées à environ 4,5–4,8 % vs 2,5–2,6 % dans certaines cohortes. Pourtant, seulement 17 % des cliniciens reconnaissent leurs symptômes comme préoccupants, contre 44 % pour une patiente blanche présentant exactement les mêmes comportements. Elles sont davantage touchées, mais moins diagnostiquées, donc moins soignées.
Résultat : bien moins de chances d’être orientée vers des soins spécialisés. Marques et al., 2011 | Gordon et al., 2006. Et ce n’est pas un concours, hein, ni une volonté de division. On n’est pas dans « Les Malheurs de Sophie ». Je vous rapporte seulement les études, et la réalité que certains favorisés ignorent.
Trauma racial et alimentation.
● Le racisme quotidien est associé à l’alimentation émotionnelle chez les femmes noires, même après contrôle des facteurs socio-économiques. (Hoggard et al., 2023 ; Volpe et al., 2024).
● Le racisme genré → binge eating – L’identity shifting (s’adapter en permanence aux normes dominantes) est documenté comme médiateur entre le racisme genré et les comportements de binge eating. (Dickens et al., 2024).
● Voir d’autres personnes noires victimes de violences (une vidéo, une news, un témoignage) peut suffire à déclencher une réponse de stress dans le corps. Des études montrent une augmentation significative des comportements alimentaires émotionnels dans les jours qui suivent ce type d’exposition. (Hines et al., 2024).
● Aux États-Unis, environ un ménage noir sur cinq vit dans l’insécurité alimentaire, contre environ un sur quatorze chez les ménages blancs. Quand la nourriture n’est pas garantie, le corps apprend à manger quand c’est disponible, pas quand il a faim. Ce comportement, appris par nécessité, est souvent mal interprété en consultation comme de la “frénésie alimentaire”. USDA, 2022. Et ce que subissent les femmes racialisées au quotidien (le racisme, la discrimination, la pression constante) laisse des traces biologiques mesurables ! JAMA Network Open, 2024.
STRONG BLACK WOMAN & ÉPIGÉNÉTIQUE.
L’injonction à être forte, stoïque, toujours disponible, au détriment de soi… La suppression émotionnelle associée au SBW (le Superwoman Schema), tout ça c’est bien joli sur le papier, mais ça élève le cortisol basal et augmente les comportements de binge eating comme seul espace de lâcher-prise. (Woods-Giscombé, 2010). Et tu sais de quoi je parle si toi aussi, en tant que racialisée vivant dans un pays occidental, tu as appris que tu devais faire deux fois plus qu’un caucasien pour être (à demi) intégrée. Sur l’épigénétique : le racisme contemporain accélère le vieillissement épigénétique des femmes racialisées de façon mesurable (méthylation de l’ADN). (JAMA Network Open, 2024). Ce qui est encore débattu en science : la transmission directe des effets de l’esclavage sur plusieurs générations reste scientifiquement non établie à ce stade. Le vieillissement biologique accéléré est réel, et le contexte social en est la cause. En même temps, certains pays viennent seulement de reconnaître l’esclavage comme étant le plus grand crime contre l’humanité.
Et quand tout se cumule ?
La dérégulation émotionnelle post-traumatique est amplifiée par la dysrégulation dopaminergique du TDAH. La nourriture devient encore plus sollicitée comme régulateur émotionnel. Donc il y a des risques très élevés de TCA.
Le double masking : cacher sa neuroatypie ET s’adapter en permanence aux normes occidentales, pour une personne racialisée et neuroatypique en Occident, c’est une charge cognitive et émotionnelle extrême. Peu documentée et pourtant cliniquement réelle ! Alors, sans connaissance de son fonctionnement ou de comment réguler son système interne, la nourriture peut devenir l’un des seuls espaces de décompression accessibles.
La honte corporelle induite par les standards racialisés, combinée à l’injonction d’être forte, et la suppression émotionnelle, crée un terrain de BED chronique non diagnostiqué.
Ce qui fonctionne vraiment :
DBT (thérapie dialectique-comportementale) : une thérapie qui apprend concrètement à gérer les émotions intenses sans passer par la nourriture. Particulièrement efficace pour le binge eating, le trauma et le TDAH. Dans les études, 73 % des personnes n’avaient plus de crises en fin de traitement (résultat à court terme ; ce taux se stabilise autour de 55–64 % à 6 mois dans les études de suivi). Telch et al., 2001 | Rozakou-Soumalia et al., 2021.
Respiration carrée (box breathing). C'est celle utilisée par l’armée américaine – Navy SEALs notamment : 4 secondes d'inspiration, 4 secondes de blocage, 4 secondes d'expiration, 4 secondes de blocage Très efficace pour calmer rapidement le système nerveux en situation de stress aigu.
Cohérence cardiaque : 5 secondes inspiration, 5 secondes expiration, sans blocage. Ce rythme de 6 cycles par minute est spécifiquement celui qui synchronise le cœur et le système nerveux pour produire l’état de cohérence mesuré dans les études. C’est la méthode 365 : 3 fois par jour, 6 respirations par minute, 5 minutes. Les deux fonctionnent mais ce sont deux techniques distinctes avec des objectifs légèrement différents : ∙ Box breathing → calmer une urgence. ∙ Cohérence cardiaque → réguler le système nerveux sur le long terme avec une pratique régulière.
EMDR Thérapie de première ligne pour le PTSD (OMS, NICE, ISTSS). Elle est prometteuse comme traitement adjuvant pour les TCA liés aux traumatismes — mais les études contrôlées restent peu nombreuses et les résultats mixtes pour les TCA spécifiquement. (Hatoum & Burton, 2024 – revue systématique).
Musculation et activité physique encadrée : effet positif documenté sur la fréquence des crises de binge et la qualité de vie. La musculation encadrée recentre la relation au corps sur la force plutôt que l’apparence, et les participants rapportent une amélioration de leur rapport à l’exercice. Mathisen et al., 2020 | Bongiorno & Heaner, 2025. Nutrition : régularité des repas (pas de restriction énorme et trop longue). Oméga-3 (anti-inflammatoire cérébral), magnésium (régulation axe HPA), protéines à chaque repas (stabilité dopamine/sérotonine). Brewerton et al., 2020 | Fairburn CBT-E protocols.
Intégrer l’identité « raciale » et déconstruire le SBW dans le cadre thérapeutique : trouver un.e psy qui connaît et prend en compte ton identité, ton histoire et les pressions spécifiques que tu portes en tant que femme racialisée change radicalement l’expérience thérapeutique et les résultats. Car tu n’as pas à tout réexpliquer depuis zéro, ni à minimiser ce que tu vis. PS : les études citées portent majoritairement sur les femmes noires américaines, car ce sont les racialisées les plus documentées à ce jour, là-bas. Les dynamiques décrites concernent plus largement toutes les femmes racisées (maghrébines, asiatiques, latinas, etc.). Watson-Singleton, 2017 | Woods-Giscombé, 2010.
Tu navigues avec un système nerveux façonné par des expériences réelles, dans un corps qui a appris à survivre. Savoir ça, c’est changer la donne et gagner du temps sur ton parcours de remise en forme. Maintenant, savoir et comprendre c’est bien, mais mettre en pratique c’est encore mieux. Et tu n’es pas seule… que tu sois noire, blanche, rousse ou même verte, contacte-moi si tu veux te reprendre en main.
So-ma.fr – Elie.
Ta conseillère en nutrition & bien-être, spécialisée pour les neuroatypiques.
So-ma.fr – Elie. Ta conseillère en nutrition & bien-être, spécialisée pour les neuroatypiques.